Dakar, Sénégal – Dans une déclaration commune, la Commission Ouest-Africaine de Drogues constate que le trafic, la consommation et la production de drogues en Afrique de l’Ouest déstabilisent les institutions, menacent la santé publique et nuisent aux efforts de développement. C’est à cette conclusion que parvient la Commission dans son rapport Pas seulement une zone de transit : Drogues, État et Société en Afrique de l’Ouest.

À lui seul, le trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest atteint une telle ampleur (1.25 milliard de dollars selon les estimations) qu’il dépasse de loin les budgets nationaux de plusieurs États de la région mis bout à bout.

« Nous exhortons les gouvernements ouest-africains à reformer leurs législations et politiques sur les drogues et à décriminaliser les infractions liées aux drogues qui sont mineures et non-violentes », dira Olusegun Obasanjo, le Président de la Commission.

« L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui plus qu’une zone de transit pour les drogues en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Europe, elle est devenue une importante zone de consommation et de production », déclarera M. Obasanjo. « L’absence criante de structures de traitement pour les usagers de drogues alimente la propagation de maladies et expose toute une génération, usagers comme non-usagers, à des risques sanitaires accrus. »

Kofi Annan, sous l’impulsion duquel a été créée la Commission Ouest-Africaine de Drogues, déclarera : « La réaction de la plupart des gouvernements, qui se résume à criminaliser l’usage de drogues sans se soucier de la prévention et de l’accès au traitement, a non seulement entraîné une surpopulation carcérale, mais également aggravé les problèmes sanitaires et sociaux ».

« Il nous faut mobiliser les volontés politiques afin de lutter contre le trafic organisé tout en réformant des lois et politiques datées qui ne sont plus en phase avec la réalité, » dira Pedro Pires, de la Commission Ouest-Africaine de Drogues. « Nous enjoignons les États ouest-africains à collaborer et à faire cause commune contre un commerce qui ne connaît pas de frontières. »

« Nous avons besoin du soutien et du concours actifs de la société civile et de la communauté internationale », ajoutera Edem Kodjo, membre de la Commission Ouest-Africaine de Drogues. « L’Amérique du Sud, d’où provient la majorité des drogues qui entrent en Afrique de l’Ouest, et l’Europe, principale destination de ces dernières, doivent montrer l’exemple en agissant contre la production et la consommation chez eux. Nous ne parviendrons pas à résoudre ce problème seuls ; les gouvernements et la société civile doivent conjuguer leurs efforts en Afrique de l’Ouest afin d’empêcher que le problème des drogues ne devienne totalement ingérable ».

 

Pour de plus amples informations, rendez-vous sur : www.wacommissionondrugs.org/report ou suivez la Commission sur Twitter : @WACommission

L’événement du lancement du rapport sera diffusée en direct à partir de 10h30 heure de Dakar / 11h30, heure de Londres sur : http://www.simtech.sn/live/wacd

À propos de la Commission Ouest-Africaine de Drogues
La Fondation Kofi Annan, en concertation avec des partenaires internationaux et régionaux, des gouvernements nationaux et des organisations de la société civile, a constitué la Commission Ouest-Africaine de Drogues (WACD) en janvier 2013 afin de faire face aux menaces croissantes que font peser les drogues sur l’Afrique de l’Ouest.

Le présent rapport est l’aboutissement d’une année et demie d’engagement de la Commission auprès d’instances nationales, régionales et internationales, dont l’Union Africaine (UA), la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Il est étayé par une série de documents de référence préparés par d’éminents experts d’Afrique et d’ailleurs.

 

La Déclaration de la Commission Ouest-Africaine sur les drogues – Texte intégral :
L’Afrique de l’Ouest peut envisager l’avenir avec optimisme. Les guerres civiles ont reculé, la démocratie a gagné du terrain et nos économies sont en pleine croissance. Mais une nouvelle menace pèse sur ces progrès : avec la complicité d’acteurs locaux, les réseaux internationaux de trafic de drogue déstabilisent nos pays et nos communautés et détruisent des vies.
Après avoir examiné les faits, consulté des experts de la région et du monde entier, et nous être rendus dans plusieurs pays et communautés parmi les plus touchés d’Afrique de l’Ouest, nous, commissaires, sommes parvenus à un certain nombre de conclusions – détaillées dans ce rapport – sur la manière dont il convient de s’attaquer aux problèmes de trafic et de consommation de drogues.
Nous avons conclu qu’il convenait de considérer l’usage de drogues avant tout comme un problème de santé publique. Les usagers de drogues ont besoin d’aide et non de sanctions.
Nous estimons que la consommation et la détention de drogues pour un usage personnel ne devrait pas constituer un crime. L’expérience montre que la criminalisation de l’usage de drogues aggrave les problèmes sanitaires et sociaux, pèse lourdement sur le système pénal et encourage la corruption.
Nous abhorrons les trafiquants et leurs complices, lesquels doivent être jugés avec la plus grande fermeté. Cependant l’application de la loi ne doit pas se faire au détriment des personnes pauvres, vulnérables et moins éduquées, tandis que les puissants et ceux qui ont des contacts bien placés passent à travers les mailles du filet.
L’Afrique de l’Ouest ne doit pas devenir la nouvelle ligne de front de la « guerre contre la drogue », laquelle n’a d’ailleurs permis ni de réduire la consommation de drogues ni d’évincer les trafiquants.
Nous enjoignons la communauté internationale à partager le fardeau crée par l’essor du trafic en Afrique de l’Ouest, qui ne produit ni ne consomme la plupart des drogues qui transitent par la région. Les nations dont les citoyens consomment de grandes quantités de drogues illicites se doivent d’apporter leur contribution et de proposer des solutions humaines afin de faire reculer la demande.
Nous exhortons les dirigeants politiques d’Afrique de l’Ouest à unir leurs efforts pour changer les lois et les politiques qui se sont révélées inefficaces, en collaboration avec la société civile, qui doit être pleinement impliquée dans ce processus. C’est seulement ainsi que nous pourrons protéger nos populations, mais aussi nos institutions politiques et judiciaires, des dommages causés par les drogues illicites.



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